Olivier et sa Morteaumobile

Olivier au guidon de la désormais célèbre Morteaumobile

Olivier au guidon de la désormais célèbre Morteaumobile - Photo : DR

Auriez-vous imaginé qu’une saucisse de Morteau pouvait battre le maillot jaune du Tour de France ? Sous un casque assorti et des lunettes de soleil, Olivier Cresson était dans un véhicule fermé par une bâche. A l’effigie d’un produit bien de chez nous, il arbore la fierté d’avoir été plus rapide de 6 secondes que Bradley Wiggins lors du contre-la-montre à Besançon. Rencontre à visage découvert avec Olivier Cresson.

D’où est partie l’idée d’emmener une saucisse de Morteau sur la route du Tour de France ?
Une association interprofessionnelle autour de la filière salaison comtoise, cherchait un outil de publicité. Ils voulaient le faire en profitant du passage du Tour de France en Franche-Comté. Moi je suis ami avec leur chargée de communication, Lucie Cadart. Lors d’un dîner entre copains, Lucie nous a demandé si quelqu’un avait une idée pour promouvoir la saucisse de Morteau. De mon côté, il se trouve que je pratique le vélo-couché depuis une bonne dizaine d’années. Nous avons dans ce milieu des vélos spéciaux appelés vélos-mobiles. Ceux-ci sont très rapides, ils comportent trois roues et sont entièrement carénés. Et puis disons-le, par ailleurs, ils ont quelque peu une forme de saucisse ! La boutade comparative a créé l’idée. Par la suite, Lucie a inventé le nom de Morteaumobile. Ainsi, l’association syndicale a acheté un de ces vélos en région parisienne. Et une entreprise spécialisée dans les décors de cinéma-théâtre a été sollicitée pour le peindre.

Malgré l’aspect cocasse qui a induit cette idée, l’acceptation du projet a-t-elle été simple ?
Ca ne s’est pas fait tout seul. Nous avons dû monter un dossier. On a combiné des images de vélo-couché avec une texture de saucisse de Morteau grâce à un logiciel. Cela donnait une approche de notre création. Lucie l’a présentée à son agence de communication qui a étudié le cas. C’est au bout d’un certain temps que l’acceptation s’est faite. A l’agence, ils se sont dit que ça pouvait valoir le coût à condition de profiter de l’effet Tour de France, sur les trois jours de passage en Franche-Comté. L’association interprofessionnelle fait même actuellement perdurer la campagne de pub, en la déclinant sur de l’affichage. Le slogan dit :  » La saucisse de Morteau en tête de vos courses « . Jeu de mots entre les achats et la course cycliste. Les gens vivent avec cette histoire dans la tête depuis trois semaines, du coup

La Morteaumobile a été, lors du Tour de France, un vecteur de passage télévisuel, n’est-ce pas ?
Cette chance était effectivement accrue par l’originalité de ce type d’engin. Nous avons eu un gros plan de 24 secondes sur France2 lors du contre-la-montre du 9 juillet. Ceci grâce à une fresque champêtre dont la saucisse de Morteau était la trotteuse d’une horloge. De plus, l’association a pris l’option de mettre des petits films, style journal d’informations, sur le site www.saucissedemorteau.com

Comment la foule a-t-elle perçu la Morteaumobile ?
Dans les premières sorties, ce qui est drôle, c’est l’interrogation des gens sur l’objet. Malgré la couleur ocre et la cheville en bois derrière, ils avaient du mal à voir que c’était une saucisse de Morteau. L’appellation était pourtant écrite sur les flancs du vélo-mobile. Ce n’est qu’avec le buzz des films Internet, relayés par Facebook, que l’identification s’est clairement faite. A partir de là, lorsque je passais dans la rue, les personnes disaient que c’était LA saucisse… Fermant la marche des étapes du Tour de France, tandis que la route n’était pas encore rouverte à la circulation, je suis passé comme si j’étais un coureur, et la foule reconnaissait enfin cette saucisse. Elle a été accueillie telle une mascotte, le porte-drapeau d’une région.

Avez-vous pu échanger quelques mots avec les cyclistes professionnels sur le Tour ?
Absolument pas, c’est un cercle très fermé. Il faut montrer patte blanche pour les approcher. D’autant que la Morteaumobile était une bannière clandestine, en quelque sorte : la compétition est financée par des sponsors officiels. L’un d’entre eux est un fabricant de charcuterie très connu, je suppose qu’il aurait peu apprécié une présence trop grande de notre part, qui aurait été considérée comme une concurrence pour lui. La caravane publicitaire a paye très cher pour demeurer sur l’évènement. Les gens qui y travaillent sont vigilants à ce qu’aucun parasite ne vienne entraver leurs messages.

Morteaumobile

Photo : DR

Aimeriez-vous faire le Tour de France en tant que coureur officiel ?
Non, c’est un milieu particulier. Les cyclistes du Tour ne sont pas vraiment libres, à mon avis. Ils sont soumis à une stratégie de leur équipe. Surtout le coureur de base, qui va se crever toute une journée pour faire gagner deux minutes à son leader. Hormis les vedettes, je pense que ce sont surtout des forçats. Il faut bien admettre qu’un vélo-mobile est un avantage matériel. Son aérodynamisme permet une rapidité plus évidente. C’est justement la puissance des forces contre lesquelles doivent lutter les vélos normaux. Sur une route plate, un vélo-couché va plus vite qu’un peloton du Tour de France. De surcroît, la position du cycliste traditionnel est plus fatigante que la nôtre.

A présent, que va devenir la Morteaumobile ?
Pour l’instant, elle va prendre un peu de vacances. Ensuite elle aura beaucoup de travail, par exemple en étant une bannière pour des stands au salon de l’agriculture. Elle devrait peut-être participer à diverses manifestations régionales, quand nous pourrons, ou même de vélos-couchés. C’est avant tout un vélo-mobile ayant des caractéristiques intéressantes notamment de vitesse. Du fait, on n’exclut pas la possibilité de concourir aux championnats du monde de cette discipline, qui se tiendront l’année prochaine, en Allemagne.

Resterez-vous en charge de la Morteaumobile ?
J’en suis le conducteur officiel, car c’est assez particulier à magner. Je me suis engagé à la faire rouler, soit par moi-même, soit par un pilote capable. Ses propriétaires veulent qu’elle soit active, qu’elle ne stagne dans un garage. Ce n’est pas un souci pour moi qui fait 4 500km de vélo-couché par an. La Morteaumobile en fera au moins la moitié. La seule petite contrainte est que ce véhicule reste à disposition des besoins du syndicat interprofessionnel.

- Propos recueillis par Frédéric Dassonville - 

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